mercredi 11 mai 2016

dimanche 31 janvier 2016

« Avant de parler, enfile ses culottes puis un fais un tour du bloc! »

Je n'écris pas souvent. Mon fils a la leucémie depuis juin 2014, rechute en 2015 et greffe le 22 janvier dernier. Toutefois, je demeure une thérapeute en tout temps. Je partage ici ma réflexion sur la démarche thérapeutique.

« Avant de parler, enfile ses culottes puis un fais un tour du bloc! » - C’est Richard à mon église, décédé aujourd’hui, qui avait dit cette phrase. Je ne l’ai jamais oubliée, car c’est pour moi la meilleure façon de se mettre en mode empathique avec qq’un.

J’ai eu un argument avec une infirmière. Elle allait de ses « ne dépense pas tant d’énergie– bla-bla-bla- avec le fait de manger William… douleur… bla-bla-bla… morphine… bla-bla-bla… ce n’est pas si inconfortable un tube de gavage bla-bla-bla… », et ce, devant William muet concentré à gérer la douleur. Je ne suis pas à l’aise avec le conflit et ça m’a drainé beaucoup d’énergie. J’ai du mal avec les natures extraverties, celles qui parlent trop, trop et trop fort et dont les mots font du bruit qui heurtent plutôt que ne renseignent. Donner mille conseils sans prendre connaissance de la perception du patient, c’est un processus thérapeutique tronqué et, pire, c’est de l’irrespect. C’est prendre le cerveau du patient pour une pauvre éponge inerte. William s’est donné un objectif avec la diététiste pour faciliter la guérison de la mucosite, c’est de continuer à manger en dépit de la douleur. Le « manger-mou » trrrrès lentement, ça facilite la guérison, car on stimule je ne me souviens plus trop – je n’ai pas cette expertise – mais William a enregistré et il y travaille fort. C’est manger des lames de rasoirs, mais il s’y soumet sans se plaindre, le doigt sur la pompe à morphine.

Je réalise que j’apprends beaucoup sur mon propre savoir-être de thérapeute à force d’être au cœur des interventions avec les soignants de William. Ce qui m’agace me fait réfléchir… Un bagage de mille valises de connaissances, un savoir-faire technique riche à craquer ne fait pas le praticien hors pair en qui on met la confiance. Le patient a besoin qu’on l’entende, qu’on le rassure, qu’on l’encourage. Il est démontré que la pensée positive a des effets bénéfiques sur le retour à la santé, il faut l’utiliser ce moyen thérapeutique si simple et gratuit. C’est juste des mots, mais les bons mots. Pour les trouver, il faut savoir écouter le patient au-delà des siens pour comprendre ce qu’il vit, ce qu’il sait déjà. Le patient n’a pas besoin de recevoir l’analyse détaillé avec les « peut-être », les suppositions, les 93 expériences négatives rencontrées du praticien… Les « ça m’inquiète ceci ou cela » sont-ils des éléments nécessaires à transmettre si le patient n’a aucun contrôle sur eux? Sans occulter les effets négatifs, les risques, les bons et les mauvais côtés, il est tellement mieux que l’accent soit mis sur les aspects positifs, sur les effets normaux des désagréments rencontrés pour calmer l’inquiétude, sur la reconnaissance des efforts, des progrès. Non, mais l’état d’esprit du patient, ça compte pour la poursuite positive du traitement. Lui vomir ses mille et un conseils à la suite d’hypothétiques conclusions sans même entendre sa perception, sans connaître l’ensemble des facteurs en cause, peut-être que ça confère à l’intervenant un sentiment de faire mautaditement bien sa job, mais à mon humble avis, c’est juste une façon de booster son égo et se prémunir d’être touché par la souffrance du patient : un mécanisme de défense certes, mais qui est complètement inapproprié. De l’empathie, je crois qu’on a tous le germe dans le cœur mais faut juste arrêter de parler pour entendre sa douce musique réconfortante. Par chance, en cinq mois d’hospit, c’est la première fois que ça arrivait… et j’ai pris le temps d’excuser ma montée de lait à l’infirmière avant de partir… car oui, il y a des montées de lait en dépit de l’âge de son bébé! ;-) 
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