mercredi 8 août 2012

Une limitation fonctionnelle... à contrecoups


Lorsqu'on demande d'évaluer une situation de travail afin de s'assurer que les restrictions du travailleur soient respectées, il est de première importance de se placer en "mode solutions". Il est trop facile d'appliquer une règle, sans y mettre de jugement professionnel, voire un peu de bon sens. L'objectif est toujours de maintenir le travailleur en emploi - sachant que le marché du travail n'est pas rose, voire plutôt grisâtre lorsqu'en plus on postule avec l'étiquette de l'accidenté du travail. La limitation fonctionnelle est analysée comme étant un facteur de risque, pas tout bonnement comme une interdiction, de là pourquoi le médecin accole les restrictions presque toujours avec les termes "éviter de..." au lieu de "ne pas ou ne jamais... réaliser telle action".

Dernièrement, je me suis penchée sur la notion de risque du "contrecoups" pour des séquelles d'épicondylite.  Il faut comprendre que le contrecoup, c’est la répercussion d’un impact sur les tissus. Au moment de l’impact, la musculature se contracte proportionnellement à l’ampleur de cette force, et ce, pour contrôler le mouvement et stabiliser la prise sur l’outil. Si les tendons et les muscles sont souples et forts, le muscle dissipera l’énergie emmagasinée. Dans le cas contraire, la musculature étirée (contraction excentrique) peut subir des micros déchirures. Au sein d’une contraction excentrique, la force externe est plus grande que la force interne avec pour réponse un allongement du muscle qui a pour fonction de contrôler la position du membre; ce muscle contracté en position étirée devient alors vulnérable aux dommages[1]. Il est démontré que ce sont les contractions de type « excentriques » qui provoquent le plus de micros déchirures. À titre d’exemples, en présence d’un outil dynamométrique contrôlant le couple de serrage (i.e. outils à torques dans les garages), c’est une force de rotation qui doit être freinée, alors qu’en action de martelage c’est une force dans un axe vertical qui doit être contrée. Plus l’impact est important, plus il y a de chances qu’il soit difficile de contrôler la posture qui va être entraînée dans l’axe opposé, voire notamment exposée à une extension du coude / du poignet et, par conséquent, provoquer un étirement des muscles épicondyliens.

En contrepartie, l’impact peut être réduit de façon volontaire par le travailleur dans certaines circonstances. Par exemples, un plus faible martelage avec un maillet ou un marteau, une préhension sur la portion proximale du manche contrairement à sa portion distale (effet de levier), ou un contrôle par le travailleur de l’impulsion feront en sorte qu’une contraction musculaire moindre sera nécessaire pour freiner le mouvement subi par le contrecoup, et il y aura moins de résonance ressentie à l’avant-bras. La posture du poignet, de l’avant-bras et du coude est alors contrôlée et maintenue dans des angles fonctionnels et c’est davantage les tissus de la main qui absorbent l’impact. Le facteur de risque, notamment pour les troubles aux muscles épicondyliens, en lien avec le contrecoup n’est dès lors plus présent. Oui oui, reste à regarder l'efficacité.. c'est certain, le travail de l'ergonome commence. 

Par conséquent, si on voit un marteau, une pelle, un pic... de grâce pour le travailleur... On se doit de se placer en mode solutions. Il y a sûrement un mode opératoire adapté, un outil plus efficace... ouais faut se creuser le coco. Mais on a été formé pour ça! 


[1] Chaffin, D.B., Andersson, G.B.J. (1999). Occupational Biomechanics, third edition. Wiley-interscience publication. P.38.
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